Tu es de gauche ou de droite ?

Je ne compte plus le nombre de fois où l’on m’a posé cette question dans ma vie. Et je crois que cela fait plusieurs décennies que je réponds inlassablement que ce schéma politique me semble totalement dépassé. Pourtant, cette réponse satisfait rarement mon interlocuteur. Notre vie est faite de schémas au sein desquels on construit des cases, qui permettent de ranger et classer les idées et les gens, a fortiori sur les sujets de politiques.

Ces sujets sont de plus éminemment sensibles, car ils véhiculent de nombreuses déductions implicites, souvent erronées, sur vos valeurs, votre niveau social ou votre propension à vous soucier des autres. Il suffit de voir l’animation des repas de fêtes qui, s’ils ont le mérite de réunir des membres de famille issus de lieux de vie divers, de parcours et de génération différentes, provoquent immanquablement l’ouverture du dernier débat politique après quelques verres de vins. Ces débats se terminent systématiquement en un clash mémorable qui n’aura fait bouger la position de personne, mais aura peut-être laissé quelques stigmates de tensions intra-familiales qui perdureront dans l’année ou reprendront au réveillon suivant.

Quoiqu’il en soit, ces cases nous enferment en représentent souvent une réalité très simplifiée et pour le moins dépassée. Commençons par retraduire ce que j’ai compris de ce que sont la gauche et la droite. Evidemment, je caricature un peu pour exposer l’idée donc il n’est pas utile de se sentir attaqué. Oubliez d’ailleurs l’étiquette dont on vous a affublé, elle n’a désormais plus de sens, et si vous tenez absolument à vous y accrocher, peut-être que mon blog n’est pas fait pour vous.

Les « gens de gauche » vous expliquent, humanités et sagesse à l’appui, que ce qui compte c’est la collectivité des hommes et le partage équitable de la richesse. Noble cause ! Qui donc peut être contre ? Bien sûr que je suis de gauche ! L’équité est une valeur fondamentale de ma personnalité, cela remonte à ma plus prime enfance, les injustices me mettant toujours hors de moi. Attention tout de même, l’équité n’est pas l’égalité, ce terme me semble dangereux même s’il est sur le fronton de nos mairies, j’y reviendrai dans un autre billet. En allant un peu plus loin vers la gauche, le seul moyen d’assurer cette équité selon le communisme serait d’éviter de confier la production au secteur privé, qui serait inévitablement dévoyé par l’argent. C’est donc à l’état et aux élus qu’il appartiendrait de tout organiser et tout contrôler, dans des plans qui seront prévus à l’avance, et en évitant le piège des faux besoins créés à grand coup de marketing publicitaire. Sur le plan théorique, cela parait presque séduisant.

Mais cela ne marche que sur le papier, car tous les pays qui ont suivi cette voie ont connu l’échec : un développement qui s’essouffle car il n’y a plus de motivation à l’initiative, des richesses qui ne croissent pratiquement plus, une concentration des individus avides de pouvoir vers le gouvernement avec la corruption associée et enfin une fermeture des frontières pour éviter que les citoyens, conscients que le monde peut avancer plus vite ailleurs, ne puissent s’échapper de ce super paradis. J’ai déjà plus de mal à adhérer pour l’avoir observé de près en visite dans les pays de l’est juste après la chute du rideau de fer. Il m’est avis que lorsqu’on est au paradis, on ne cherche pas à s’en échapper. Le dernier en date à avoir tenté un modèle de ce type est le Vénézuela, avec le succès qu’on lui connait, il est facile de se documenter sur le sujet. Si vous tenez à appuyer cela de davantage de données, je vous conseille la lecture du livre de Johan Norberg, qui fourmille d’exemples et de statistiques sur des horizons de temps longs, et bat pas mal en brèche les affirmations des altermondialistes militants avec un titre provocateur « Plaidoyer pour la mondialisation Capitaliste ». Le contenu est en réalité très factuel, accessible, pédagogique et tellement de bon sens. Lire cet auteur Suédois sans préjugé est un sain investissement en temps, vous y trouverez au passage une bonne dose d’optimisme. Vous tuerez peut-être définitivement la fibre certes charmante mais un peu trop utopique qui est en vous, non pas en tuant votre rêve, mais en le rendant accessible. Le monde n’est mauvais que pour celui qui veut le voir ainsi, voilà un autre sujet de billet qui m’amusera.

Les « gens de droite » vous expliquent, histoire et chiffres économiques à l’appui, que les individus sont motivés avant tout par leur intérêt propre, et que le seul moyen d’organiser une société est de libérer l’initiative individuelle et laisser l’équilibre se faire en fonction des efforts de chacun. Ainsi, personne n’a réellement de légitimité à se plaindre, puisque la libre entreprise permet à chacun de prendre son destin en main. Jusque-là, je suis carrément d’accord, car le libéralisme bénéficie clairement à tous, en bénéficiant à chacun, approche différente mais pas moins cohérente. Ah, donc en fait je suis de droite ! Puis j’écoute ceux qui vont un peu plus loin. Ils vous expliquent que, grâce aux grands équilibres économiques, le retour de chacun sera logiquement proportionné à l’effort, ou tout du moins au mérite reconnu de chacun. L’état doit donc juste se contenter de fixer quelques règles et le marché s’occupera de réguler tout cela, la finance « instantanée » effectuant même les réglages en temps réel. Merveilleux !

Mais j’ai aussi observé les dégâts causés par une finance débridée et sa dimension spéculative. Je rappelle que nous payons encore les pots cassés de la crise de 2008, sans parler des conséquences de long terme que le système libéral ne prend guère en compte, en particulier le respect de notre planète. Si je crois au libéralisme en tant que fondement, je ne crois pas que le système garantisse une équité par nature, car l’argent en lui-même est un pouvoir facilitant de création d’argent. Quant à la durabilité écologique, elle doit aussi être traitée, n’en déplaise à un certain M. Trump. Je développerai le sujet de l’écologie dans un billet dédié, car il y a largement matière à écrire sur le sujet. Et le communisme n’y apporte pas des solutions pour autant et restreint probablement la capacité des hommes à innover en la matière.

Il est donc nécessaire à mon sens, parce que je crois en l’équité, de disposer de mécanismes qui équilibrent les écarts que renforcent parfois l’économie de marché pour permettre le plus possible une vraie égalité des chances, pour ne laisser personne au bord de la route et pour limiter les effets de la spéculation financière, dont la cause provient essentiellement de cette notion de cotation « en temps réel » sans coût de transaction. La dimension sociale doit donc être fortement affirmée pour le bien de tous.

Ceci étant posé, résumons graphiquement la manière dont le débat politique a été positionné depuis mon enfance. Vu qu’il n’y a que la gauche et la droite, même s’il y a des extrêmes et quelques axes particuliers comme l’écologie qui n’est pas tout à fait sur la même ligne, le tout se résume à un schéma essentiellement monodimensionnel :

Dans la vision simpliste gauche-droite historique, nous serions condamnés à nous positionner sur cet axe, en opposant notre dimension sociale et notre dimension libérale. Notre positionnement politique consisterait en une simple pondération relative des deux. Et s’il fallait déjà tout simplement cesser d’opposer ces deux notions qui sont probablement toutes deux indispensables ?

En France, nous avons tellement suivi d’élections avec ces représentations, y compris visuelles lors des soirées d’élection, que nous ne nous rendons même plus compte à quel point ce schéma est réducteur.

Ce schéma est aussi très révélateur d’un biais culturel fort. En France, nous pensons que la richesse est un bien fixe et que ce que nous obtenons d’un côté, nous l’avons pris d’un autre. Dans les négociations de contrats français, il est souvent difficile de raisonner gagnant-gagnant, alors que ce modèle est une évidence outre-Atlantique. Le fait même que l’expression proche utilisée en langue française soit donnant-donnant, qui ne véhicule pas du tout la même idée, révèle cette différence culturelle majeure. Et comme tout ce qui est culturel, il est difficile pour nous de nous en rendre compte, sauf à être sorti temporairement de sa culture. Les séjours longs à l’étranger sont utiles pour cela. Si cela vous intéresse de comprendre d’où cela remonte, je ne ferais pas mieux que vous conseiller la lecture de l’excellent livre de Pascal Baudry « Français et Américains – L’autre rive » accessible gratuitement en PDF.

Cette vision de jeu à somme nulle traduit mal la réalité de la vie, et il n’est pourtant pas difficile de comprendre que certains mouvements destructeurs ne font que du dégât. L’inverse devrait donc être aussi aisé à comprendre. A travailler ensemble, on peut créer de la valeur et y gagner tous au bout du compte. La force d’une équipe, c’est aussi bien plus que la somme des individualités. Oui, c’est assez bateau, mais c’est vrai, nous en avons encore eu la confirmation en juillet dernier. Et c’est encore plus vrai en ce qui concerne la création de valeur dans une économie de la connaissance. Je vous conseille à ce sujet la vidéo d’Idriss Aberkhane, en espérant que la version courte vous donnera envie de voir la version longue expliquant fort bien l’importance et la valeur de la biodiversité.

Cette culture de l’opposition et du « au dépend de » est aussi ce qui amène encore beaucoup de gens à raisonner salariés contre entreprises, alors que leurs intérêts sont bien souvent liés, même si les degrés de partage sont très disparates. Je ne rentre pas plus dans le détail car ce sujet aussi méritera un billet à lui tout seul et ma position de dirigeant de PME me donne une assez bonne vue de tous les versants du sujet.

Du coup, avec ce schéma vous écrasant sur une ligne, le positionnement politique se résume au réglage d’un curseur sur cet axe, curseur qui favoriserait plutôt l’initiative privée d’un côté et la création de richesses, ou au contraire qui privilégierait sa redistribution. Comme si l’un n’impactait pas l’autre d’ailleurs !

Enfin, cette lecture monodimensionnelle a parfois conduit les plus sages – ou les plus avares car cela marche pour les deux – à le résumer ainsi : « J’ai le cœur à gauche, mais le portefeuille à droite. » Cette phrase symbolise à mon sens à elle toute seule l’aberration que constitue cette dichotomie gauche-droite dont nous avons encore un peu de mal à nous débarrasser.

Alors certes, on pouvait encore se dire au centre, mais c’était au mieux perçu comme un manque de conviction, au pire comme de l’opportunisme de quelqu’un qui mange à tous les râteliers. Il suffit de revoir à ce sujet l’excellent sketch des inconnus sur « La Droiche ». Il n’est pas étonnant que la vidéo soit ressortie avec la naissance du mouvement ‘En Marche’, celui-ci étant effectivement totalement orthogonal à l’axe gauche-droite. Ce qui peut apparaitre ici comme une moquerie valide en réalité son positionnement.

Alors, êtes-vous prêt à sortir de ce schéma unidimensionnel primitif ? Rien ne vous y oblige, je vous laisse jusqu’à la semaine prochaine pour y réfléchir, mon article étant déjà assez long. Le principe de ce blog étant de se donner un minimum de temps de réflexion sur le fond, je vous suggère une petite pause.

Je vous proposerai la semaine prochaine un autre schéma, qui nécessite d’avoir déjà bien digéré cette analyse, et, certainement le plus difficile, la volonté de se débarrasser de nos réflexes politiques ancrés par cette ligne simpliste tant utilisée et qui nous a probablement tous aplati un peu notre cerveau.

A la semaine prochaine,

Daniel

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